Ce matin 11h00, je reçois un coup de téléphone qui me signale qu’une des habitantes évacuées de l’immeuble qui menace de s’effondrer est assise avec une pancarte devant l’immeuble. On me dit que le matin même elle s’est rendue à la mairie et que personne ne l’a reçue. J’enfile un manteau, attrape mon sac et je la trouve là, telle que vous la voyez sur la photo assise sur son petit tabouret blanc avec dans la main une petite pancarte sur laquelle elle a écrit « je ne suis pas une marchandise ». Elle a pris soin d’enfiler son gilet jaune sur lequel sont inscrites les dates de tous ces samedis où elle est allée réclamer de la considération, de l’intérêt, où avec des centaines de milliers d’habitants de notre pays elle est allée demander que cesse le mépris des puissants pour les faibles. Aujourd’hui encore elle a revêtu son gilet jaune comme pour crier encore fois : je suis là, nous sommes là ! Je m’arrête un instant saisie par la détermination de cette dame « force et honneur » comme ils disent. Je m’approche, me présente, lui dit qui m’a prévenue, ça la rassure. Cécile et Arnaud sont arrivés. Elle est à bout, déjà il y a trois ans au moment des inondations, elle avait été évacuée de son logement et après une nuit de prise en charge par la mairie elle s’était retrouvée sans solution. Elle a l’impression que l’histoire se répète. Elle me raconte la voix serrée par la colère et le désarroi « J’ai 72 ans et me voilà à nouveau à la rue. Je veux partir, quitter Melun, je veux prendre mes affaires et partir. » Elle m’explique que dans ce nouveau logement les problèmes ont commencé il y a deux ans, que depuis mars la mairie est alertée mais qu’il ne se passe rien, que la première nuit elle a été logée mais qu’après il a fallu qu’elle se débrouille, qu’elle est accueillie par une amie dans un logement tout petit, qu’elle veut partir. Elle a rencontré samedi des gens de l’équipe du maire en campagne, elle leur a dit sa détresse, ils ont promis de la rappeler mais n’ont rien fait, elle est passé à la mairie ce matin mais là encore on l’a renvoyée à un hypothétique rendez-vous. Elle me dit qu’elle restera là, qu’elle veut pouvoir prendre ses affaires, les quelques meubles qu’il lui reste après les inondations de 2016 et qu’ensuite elle partira. J’appelle le cabinet du maire, demande à lui parler, il n’est pas là, mais la dame que j’ai au téléphone promet qu’on va me rappeler. Cinq minutes après un de ses collaborateurs de cabinet me rappelle. Il me dit que la police municipale va venir et que la dame pourra sous escorte aller chercher des affaires mais pas de meubles. C’est trop dangereux. Deux policiers municipaux arrivent. Entre temps, nous avons été rejoints par une autre habitante. Tous ensemble, nous essayons de convaincre la dame de prendre ses affaires tant qu’elle peut encore le faire. Les meubles verront plus tard. Un adjoint au maire passe par là par hasard et se joint à nous. Il propose que les affaires soient entreposées dans la mairie en attendant une solution plus pérenne. Cécile qui m’accompagne file chez elle chercher sacs et valises pour les dames. Il faudra encore parler, écouter, entendre et puis chacune montra accompagnée d’un policier municipal prendre le plus urgent, le plus important, le plus cher. La dame qui nous avait rejoint repart travailler alors que la plus âgée suit un des deux policiers municipaux qui l’accompagne jusqu’au local où ils vont déposer ses affaires. Nous la regardons s’éloigner avec son gilet jaune et avec l’espoir que la mairie répondra enfin à ces familles des 15 et 17 bd du général De Gaulle laissées sans solution durable depuis que leurs immeubles ont été évacués.

Je tiens à rappeler ici que le ou la maire a des pouvoirs de police qui lui permettent d’intervenir : « Le manque d’entretien des immeubles peut engager la sécurité des personnes et des biens. La législation permet au maire d’intervenir afin de prescrire aux propriétaires les mesures appropriées pour remédier aux situations dangereuses. Il s’agit de la procédure de péril, du contrôle de la sécurité des hôtels meublés et de la sécurité des immeubles collectifs à usage principal d’habitation. »* Et si je déplore que Louis Vogel ne l’ait pas fait suffisamment tôt pour éviter une telle situation tout comme je regrette son manque d’empathie et de disponibilité à l’endroit de ses administrés, j’espère au moins qu’il se montrera maintenant à la hauteur du désarroi des familles et de l’urgence. *( https://www.collectivites-locales.gouv.fr/pouvoirs-police-maire-matiere-dhabitat?fbclid=IwAR1qXLn3cDjnIQFKcmQciOQCVperFanmmeKtFl-mm-8Y7QmEq3lfLd-FKNI )

 

Laisser un commentaire

Fermer le menu